Le rôle des influenceurs dans le secteur de l’édition jeunesse décrypté par Dorothée Tardif, responsable de la communication pour le groupe Bayard

Afin d’avoir un aperçu des enjeux de la communication et du rôle des influenceurs dans le secteur de l’édition jeunesse, nous avons posé 5 questions à Dorothée Tardif, Responsable de la communication Édition pour le Groupe Bayard. Son rôle est de promouvoir les titres du fonds et les nouveautés des catalogues de Bayard Éditions, des Éditions Milan, Tourbillon et BD Kids.

Comment arrive-t-on à toucher la cible des enfants dans le milieu de l’édition ?

Avec un peu d’imagination ! La réussite d’une campagne repose sur quelques principes fondamentaux :

  • Identifier les influenceurs pertinents et les bons prescripteurs
  • Donner du sens à nos actions de communication

Pour toucher la cible des enfants, il faut avoir conscience que l’on s’adresse la plupart du temps aux influenceurs qui s’adressent à eux : journalistes, parents blogueurs, libraires, parents, enseignants blogueurs, bibliothécaires…

Pouvez-vous nous parler des relations que Bayard et Milan entretiennent avec les influenceurs ?

Nous essayons de donner du sens à toutes nos actions. Il ne faut pas oublier que notre métier, en tant qu’éditeur, est de raconter des histoires !

Avant d’entrer en contact avec un influenceur, un travail de veille au quotidien est nécessaire pour identifier son audience (parents, enfants, professionnels de l’éducation…), ses goûts, ceux de ses lecteurs, etc. Nous n’allons pas aller systématiquement vers les influenceurs les plus puissants – les blogueurs qui ont le plus de followers par exemple. Ce qui est intéressant, c’est sa manière de fédérer sa communauté autour d’un livre : sa sensibilité, ses qualités rédactionnelles, son sens critique.

Pour notre catalogue fiction pour adolescents, par exemple, nous avons mis en place un recrutement annuel de blogueurs partenaires, ce qui nous permet d’établir une relation privilégiée et personnalisée avec chacun d’entre eux, d’obtenir des retours qualitatifs, et de toucher ainsi durablement leur communauté.

De par nos actions avec les blogueurs, notre ambition est de toucher tous types de lecteurs, de former la communauté la plus hétéroclite et la plus large possible.

Que pensez-vous des Booktubeurs ? Est-ce que ce sont des influenceurs importants chez Bayard ?

Nous ne distinguons pas les booktubeurs des bloggeurs littéraires ou des instagrameurs. Tous les influenceurs des réseaux sociaux, qu’ils soient sur Youtube, sur un blog ou sur des réseaux d’images, activent des communautés pertinentes.

Est-ce que le livre a sa place sur les réseaux sociaux ?

Tout à fait. Des livres en tous genres sont mis en avant par des lecteurs, des blogueurs, des bibliothécaires, des enseignants, des parents…

On peut constater par exemple l’engouement pour le travail d’Hervé Tullet. Ses livres, ses expositions et autres performances sont relayés sur les réseaux sociaux, notamment Instagram et Facebook.

Les auteurs sont aussi de plus en plus présents sur les réseaux sociaux, c’est un nouveau moyen pour eux d’entrer en contact avec leurs lecteurs.

Twitter, qui est plus un réseau concentré sur l’information, sera le lieu pour promouvoir des événements autour de nos livres (dédicaces d’auteurs, prix littéraires, expositions…) ou des livres qui traitent de l’actualité par exemple.

Dans le milieu du livre, peut-on considérer le libraire comme un influenceur ?

Bien sûr ! Le libraire est le premier prescripteur, le partenaire privilégié de l’éditeur. Un livre qui ne sera pas apprécié des libraires aura du mal à se faire une place auprès des lecteurs.

 Les libraires sont de plus en plus actifs sur les réseaux sociaux, où ils sont en contact direct avec les lecteurs : ils bloguent, mettent en scène les livres et diffusent parfois de courtes vidéos où ils partagent leurs coups de cœur. Ils mettent particulièrement en avant ces mêmes livres dans leurs points de vente.

D’après vous, quelle est votre plus belle action RP ?

Les campagnes RP les plus réussies sont, à mon sens, celles qui laissent un souvenir durable et donnent envie de lire un livre plutôt qu’un autre.

Récemment, nous avons invité journalistes, blogueurs, libraires et partenaires pour une soirée « murder party » dans un manoir très british. Les retours ont été très enthousiastes, notamment sur les réseaux sociaux.

Le vrai challenge est de respecter à chaque fois l’univers du livre, avec un scénario très précis pour ne pas dénaturer le travail de l’auteur. Ce genre d’opération est souvent un succès, elles permettent de se mettre dans la peau des personnages du livre, de vivre l’histoire comme une expérience. Cela donne du sens à toute notre communication. C’est très fédérateur et permet de créer des liens privilégiés.